Un si petit oiseau : le combat d’une vie

Le 2 janvier 2019, rendez-vous dans la librairie la plus proche de chez vous car Un si petit oiseau sera enfin disponible. Dire que j’ai adoré ce roman serait un simple euphémisme : Un si petit oiseau est un énorme coup de cœur pour cette fin d’année : émotions garanties.


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I N F O R M A T I O N S
UN SI PETIT OISEAU – MARIE PAVLENKO
2018
ÉDITEUR : FLAMMARION JEUNESSE
NOMBRE DE PAGES : 352
GENRE : JEUNESSE / HANDICAP / NATURE
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★★★★★

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RÉSUMÉ

«Elle ferme les yeux, écoute la nuit, elle sent battre le cœur de la Terre, sous elle, celui des hommes, des arbres, des animaux, ce cœur nocturne qui bat depuis le commencement, qui battra après elle. Elle appartient à ce monde immense. Et son bras, peut-être, alors, est dérisoire.»

AVIS

Un si petit oiseau est un livre qui m’a bouleversé : à vrai dire il représente une « belle claque dans la gueule » et ça m’a bien remis en question. C’est le genre de livre qui te change et j’aime ces lectures qui te « forment », te font grandir. Ici, Marie Pavlenko nous parle d’un combat de toute une vie, un combat pour soi, contre soi-même, contre les autres. Un si petit oiseau est une lecture qui « percute » (oui j’ose employer ce terme!) et qui peut même déranger, tant elle elle est criante de vérité. Le lecteur suit l’histoire de Abi : Abi brisée, Abi qui doit réapprendre à vivre, qui doit se reconstruire après un terrible accident de voiture. C’est le genre de situation où on dit « ça n’arrive qu’aux autres » puis un beau jour de printemps, alors que tout va bien, que le ciel est bleu, que le soleil rayonne… Les autres deviennent « toi ». Marie Pavlenko nous délivre des messages tellement importants dans ce livre, à commencer par une certaine prévention, certes indirecte mais présente quand même : pas de téléphone au volant. Notre société est de plus en plus connectée, et se passer de son téléphone lorsqu’on est en train de conduire semble être une épreuve grotesque et insurmontable pour certains. Ce roman est réellement beau, tant sur le fond, la forme, l’esthétique. Ce fut la première fois que je me confrontais à la plume de Marie Pavlenko, une grande première puisque je n’ai pas lu son roman Je suis ton soleil. Dans tous les cas, Un si petit oiseau a été une merveilleuse découverte littéraire et il faut absolument que vous le lisiez !

Lorsque j’ai lu le titre, puis, ensuite le résumé : je ne parvenais pas à faire de connections logiques. Pourtant, tout s’éclaire au fil de notre lecture, et en refermant le bouquin, je me dis qu’il ne pouvait pas avoir meilleur titre pour ce roman. Abi est « au bout de sa vie » : après son terrible accident, elle se voit amputer d’un bras et doit réapprendre tous les gestes du quotidien, des gestes d’une banalité alarmante : mettre une culotte, manger, se laver. Abi est en colère : contre la connasse qui a grillé un stop, contre elle-même, contre la vie. Elle qui rêvait de devenir vétérinaire voit tout s’envoler loin d’elle : sa vie n’a plus aucun sens. Elle prend alors une décision « radicale » : se couper les cheveux et, en sortant du coiffeur, retombe sur Aurèle, son amoureux du primaire (ou un garçon très proche lorsqu’ils étaient enfants, j’ai un petit doute maintenant). Le problème est qu’Abi ne se résume plus à son moignon, ou alors son « rognon », comme elle l’appelle. Pour elle, elle ne voit que les regards de dégoût, inquisiteurs, effrayés, c’est un calvaire de sortir. Abi a coupé net avec sa vie « d’avant », ses amis, son ex, Thomas, pour qui son cœur bat toujours, ses rêves… Toute sa vie est en suspend, sur un fil de rasoir, tout comme celle de ses proches. Ici, Marie Pavlenko nous montre les deux visions de l’horreur : pour la victime, et pour l’entourage. Comment consoler son enfant, sa sœur ? Comme vivre avec ça ? Heureusement, Abi possède une famille aimante, qui se cache derrière l’humour pour affronter cette épreuve de la vie.

Un jour, la vie monotone d’Abi bascule lorsqu’elle commence à recevoir des colis d’un inconnu : il lui envoie des livres de Blaise, un homme mutilé à la guerre. Abi comprend alors, découvre : non, elle n’est pas seule, d’autres sont dans son cas. Les colis se suivent et l’identité est dévoilée : c’est Aurèle ! Très vite, une complicité s’installe entre eux et Abi, progressivement, reprend goût à la vie, aux petites choses : elle suit Aurèle dans sa passion pour les oiseaux, elle ose sortir, aller au parc toute seule : elle revit. Martin, son père, lui bricole des petits trucs pour l’aider : une planche découpe-tout anti-dérapant, sa tante, Coline, lui offre un chat, sa mère, Elsa, l’aide dans tout ce qu’elle entreprend. Pourtant, rien n’est simple, car Abi reste le centre de l’attention et reste, quand même, un sujet tabou : notamment pour Millie, la petite sœur, qui est en colère d’avoir déménagé, de devoir se taper 2h de métro tous les matins.

Encore une fois, Marie Pavlenko nous montre à quel point c’est dur pour l’entourage de vivre, de réapprendre à vivre également. Pourtant je vous parle de Abi depuis le début mais détrompez-vous, il n’est pas question que d’elle dans ce bouquin. Marie Pavlenko nous montre des petits bouts de vie de Coline, la tata un peu gauche à la recherche du grand amour notamment. Autre point que j’ai particulièrement aimé : ne pas faire de ce roman un roman d’amour. C’est un roman d’amour, bien évidemment, dans le sens où Abi est entourée de ses proches pour affronter la vie, mais Marie Pavlenko n’a pas mis en premier plan le besoin de « caser » Abi. C’est une trame beaucoup plus subtile, beaucoup plus… innocente qu’on voit se mettre en place et cela m’a fait un bien fou ! Il faut vraiment attendre les dernière pages pour avoir le dénouement tant attendu et ça fait du bien de lire des histoires d’amour simples, comme celle-ci.

Il y a un passage qui m’a particulièrement chamboulé dans ce roman : le fait que Marie Pavlenko met en évidence la différence du regard des autres entre un homme amputé et une femme amputée. Certes, le poids du regard des autres existent dans les deux cas, mais, au travers de Abi, on se rend compte que ce regard change si la « victime » est un homme ou une femme. Comme il l’est écrit, page 124 :


« On est fous, nous, dans notre petite vie bien proprette. Je suis un monstre avec un bras coupé net, j’attire les regards. Mais je te les prendrais tous par la peau du cul et je te les balancerais en 1919, paf, et profite de la vue !

Pourtant, il me semble qu’il existe une différence, c’est que je suis une femme.

J’ai l’impression qu’un corps d’homme brisé, peut-être un relent de guerres, justement, est plus acceptable. Un blessure, ça fait warrior. Pour une femme, dans l’inconscient de pleins de gens, la féminité écorchée est une monstruosité. »

Cette citation donne à réfléchir, vous ne trouvez pas ? C’est exactement pour cette remise en question permanente que j’ai adoré Un si petit oiseau. Marie Pavlenko fournit un nouveau modèle dans la littérature jeunesse, pour les jeunes filles, avec le personnage d’Abi. Ce n’est pas quelque chose d’anodin, bien au contraire, c’est un symbole plus fort ! Un si petit oiseau met en avant la question du handicap, sa vision dans notre société, comment cela peut affecter nos vies, la vie d’autrui, mais surtout, que la handicap ne réduit pas une personne qu’à un simple événement de sa vie. Abi reste belle, Abi reste forte, Abi reste une femme. Abi peut, elle est capable. Marie Pavlenko montre cette note d’espoir pour toutes les jeunes filles, se retrouvant dans une situation semblable à un moment de leur vie. C’est important de briser les « tabous » autour de sujets comme celui du handicap. Alors, merci, Marie Pavlenko.

Merci pour votre lecture et prenez bien soin de vous.

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4 commentaires sur « Un si petit oiseau : le combat d’une vie »

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