Toute la lumiĂšre que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

Pour commencer l’annĂ©e 2019, je m’efforce Ă  diversifier mes lectures et surtout les genres vers lesquels je me tourne. Je mets un grand pas hors du cercle vicieux de la fantasy pour voir d’autres choses comme ce fut le cas avec ce roman de Anthony Doerr, auteur que j’ai dĂ©couvert derniĂšrement ! Toute la lumiĂšre que nous ne pouvons voir est un presque coup de cƓur pour moi, mĂȘme si ma lecture a Ă©tĂ© trĂšs Ă©mouvante, trĂšs prenante, j’ai trouvĂ© quelques moments assez plats. Je vous en parle plus en dĂ©tails dans cette chronique, qui, attention, est longue !

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I N F O R M A T I O N S
TOUTE LA LUMIÈRE QUE NOUS NE POUVONS VOIR –  ANTHONY DOERR
2015
ÉDITEUR : ALBIN MICHEL
NOMBRE DE PAGES : 624
GENRE : ROMAN DE VIE / HISTOIRE / SECONDE GUERRE MONDIALE
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★★★★★

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VĂ©ritable phĂ©nomĂšne d Ă©dition aux États-Unis, le roman d’Anthony Doerr possĂšde la puissance et le souffle des chefs-d’oeuvre. Magnifiquement Ă©crit, captivant de bout en bout, il nous entraĂźne du Paris de l’Occupation Ă  l’effervescence de la LibĂ©ration, dans le sillage de deux hĂ©ros dont la guerre va bouleverser l’existence : Marie-Laure, une jeune aveugle, rĂ©fugiĂ©e avec son pĂšre Ă  Saint-Malo, et Werner, un orphelin, vĂ©ritable gĂ©nie des transmissions Ă©lectromagnĂ©tiques, dont les talents sont exploitĂ©s par la Wehrmacht pour briser la RĂ©sistance. En entrecroisant le destin de ces deux personnages, ennemis malgrĂ© eux, dans le dĂ©cor crĂ©pusculaire d une ville pilonnĂ©e par les bombes, Doerr offre un roman soigneusement documentĂ© et une fresque d une beautĂ© envoĂ»tante. 
Bien plus qu un roman de guerre, Toute la lumiĂšre que nous ne pouvons voir est une rĂ©flexion profonde sur le destin, le choix et l’humanitĂ©.

Pour une premiĂšre lecture, ce roman me rend « toute chose » : je l’ai aimĂ©, je n’ai pas vu les pages dĂ©filer, pourtant ce n’est pas un coup de cƓur. Quand je lisais ce roman, je me sentais comme vidĂ©e de toute Ă©nergie, sensation d’autant plus paradoxale car j’ai aimĂ© cette lecture. Toute la lumiĂšre que nous ne pouvons voir m’a complĂštement bouleversĂ© et m’a pris de court en embrouillant mes Ă©motions, mon ressenti. Ce roman retrace le destin -principalement- de Marie-Laure, jeune française aveugle quand la deuxiĂšme guerre Ă©clate, et de Werner, un jeune allemand qui n’a pas eu le choix. Ces deux personnes Ă©taient vouĂ©es Ă  se rencontrer, ou peut-ĂȘtre pas mĂȘme, pourtant, durant un peu plus d’une demie-journĂ©e, leurs chemins vont se croiser, Ă  Saint-Malo, sous les bombardements de l’annĂ©e 1944, pour Ă  peine quelques heures. Pourtant ces quelques heures seront dĂ©cisives pour les deux.

Il est intĂ©ressant de parler de la maniĂšre dont l’auteur retrace le parcours de ces deux vies -exceptionnelles- dans un sens. Anthony Doerr utilise une chronologie rĂ©flĂ©chie qui remonte le temps, 1940-2014- au travers de flash-back puis, Ă  la fin du roman, nous avons deux grandes ellipses qui sont faites, une Ă©voquant Werner, l’autre Marie-Laure. On rencontre Marie-Laure et Werner dans leur enfance/adolescence. Alors que l’une possĂšde une enfance « dorĂ©e », Werner grandit dans un orphelinat avec sa petite sƓur. Rapidement, Werner est un petit garçon curieux, inventif, qui devient passionnĂ© par la mĂ©canique, le montage, en trouvant une vieille radio ne fonctionnant plus. Son premier exploit est de la rĂ©parer et le soir, avec sa sƓur, ils Ă©coutent les Ă©missions d’un français qui les bouleversent. Werner rĂȘve de libertĂ©, de Berlin, des grands inventeurs qui ont fait la Science de son Ă©poque, pourtant rien ne se passe comme prĂ©vu : la guerre commence Ă  gagner du terrain, les jeunesses hitlĂ©riennes sont formĂ©es et, alors que Werner Ă©tait destinĂ© Ă  la mine, comme tous les garçons atteignant l’Ăąge de 15 ans, le jeune prodige se fait remarquer, grĂące Ă  ses talents, par la Wehrmatch.

Marie-Laure, devient aveugle Ă  l’Ăąge de ses huit ou neuf ans, de mĂ©moire. La petite fille vit avec son pĂšre, Ă  Paris et passe ses journĂ©es au musĂ©e, endroit oĂč son pĂšre travaille. Marie-Laure surmonte sa maladie auprĂšs de son pĂšre qui se met Ă  lui construire une maquette de la Capitale pour que la jeune fille puisse se repĂ©rer. Progressivement, Marie-Laure sort, se promĂšne, sans craindre l’extĂ©rieur. Le MusĂ©e abrite des mystĂšres dont un Ă©trange diamant nommĂ© l’OcĂ©an de Flammes qui intrigue Marie-Laure. Quand la guerre Ă©clate, le MusĂ©e fait faire des rĂ©pliques de ce diamant et le donne Ă  trois personnes, dont le pĂšre de la jeune enfant, qui se dispersent dans toute la France. Qui possĂšde le vrai diamant ? La lĂ©gende qui l’entoure est dĂšs plus triste : immortalitĂ© mais le malheur s’abattra sur toutes les personnes proches du dĂ©tenteur de ce diamant. Marie-Laure et son pĂšre fuient alors la Capitale et aprĂšs des journĂ©es de voyage, se retrouvent Ă  Saint-Malo, chez Etienne LeBlanc, qui a fait lui-mĂȘme la guerre de 14-18, et qui est le grand-oncle de Marie-Laure. La petite fille est choyĂ©e auprĂšs de Mme Manec, auprĂšs de son oncle, de son pĂšre. Pourtant, en 1941, un voisin dĂ©nonce son pĂšre pour terrorisme alors que celui-ci prenait des notes pour rĂ©aliser une maquette de Saint-Malo pour sa petite fille aveugle…

A partir de lĂ , comment ces deux vies vont-elles se croiser ? MĂȘme si cela ne semblait pas Ă©vident, tout est liĂ© et c’est mĂȘme fait avec un brio et une ingĂ©niositĂ© implacables. Anthony Doerr alterne les points de vues Ă  chaque chapitre, tantĂŽt Marie-Laure, tantĂŽt Werner mais pas seulement. Au cours de ce roman, d’autres personnages sont mis Ă  l’honneur et on dĂ©couvre un SS malade, fou et Ă  la recherche de ce fameux OcĂ©an de Flammes, on dĂ©couvre Ă©galement Jutta, Volkheimer… Ce roman ne nous montre pas seulement le cĂŽtĂ© des « gentils », mais il tend Ă  nous montrer qu’il y a eu des victimes, qu’il y a eu ceux qui n’ont pas eu le choix… L’histoire avance lentement et la chronologie se poursuit : Occupation, RĂ©sistance, Bombardements, LibĂ©ration… Tant d’Ă©tapes cruciales qui sont revisitĂ©es, ici, dans ce roman de Anthony Doerr.

Werner poursuit ses Ă©tudes oĂč on leur apprend Ă  « devenir des hommes » : tous des enfants qui seront envoyĂ©s sur le front, embrigadĂ©s Ă  leur jeune Ăąge. Werner peine Ă  devenir comme eux : sans cƓur, sans Ă©motion, froid, calculateur. Les Ă©missions de ce français le hantent, ses courriers, qu’il envoie Ă  sa sƓur ne veulent bientĂŽt plus rien dire, tant la censure supprime des phrases entiĂšres ! Ici on a un aperçu de la « dure rĂ©alitĂ© » pour ces enfants. Lorsque Werner fait le souhait de rentrer chez lui, tout s’endurcit et il est envoyĂ© sur le front comme punition. Son but : retracer les signaux radios utilisĂ©s par toutes personnes Ă©mettant, peu important le motif. Quant Ă  Marie-Laure, elle oeuvre aux cĂŽtĂ©s de Mme Manec, les femmes de Saint-Malo se rĂ©unissent et entament, Ă  leur maniĂšre, une rĂ©sistance. Marie-Laure profite de la ville mĂȘme si la vie, sans son pĂšre, reste compliquĂ© pour la jeune fille. Elle grandit, elle se rapproche de son oncle, ils voyagent dans les livres… A la mort de Mme Manec, Etienne prend le relais : la prĂ©cĂ©dente guerre lui a laissĂ© ses fantĂŽmes, pourtant il veut Ɠuvrer pour sa petite-niĂšce. Alors, progressivement, il installe un systĂšme ingĂ©nieux pour transmettre le soir : Marie-Laure rĂ©cupĂšre le pain Ă  la boulangerie, Ă  l’intĂ©rieur se trouve les instructions et Ă  la fin de chaque instruction, Etienne passe un morceau de musique.

1944, si ma mĂ©moire est correcte, Werner se retrouve Ă  Saint-Malo avec son « Ă©quipe » : et lĂ , en espionnant, il entend. Il entend les Ă©missions de ce français, les mĂȘmes lorsqu’il Ă©tait petit, il entend la musique et il ment. « Rien », non il n’a rien trouvĂ©, aucune transmission, aucune interfĂ©rence… Werner a menti. La course contre la montre ne cesse de s’accĂ©lĂ©rer : l’allemand Ă  la recherche de ce fameux diamant a trouvĂ© la piste du pĂšre de Marie-Laure, il a dĂ©jĂ  coincĂ© la jeune femme sur le chemin de la boulangerie, mets la maison Ă  sac, devenant fou. Marie-Laure, cachĂ©e derriĂšre l’imposante armoire d’oĂč les transmissions sont faites, tremblent : « Il est lĂ , il va me tuer ». C’est Ă  ce moment que Werner recroise la route de Marie-Laure. Parce que oui, la curiositĂ© avait pris le dessus : il Ă©tait dĂ©jĂ  allĂ© devant la maison de la jeune-femme, l’avait vu sortir, avait Ă©tĂ© subjuguĂ©. Werner sauve Marie-Laure de l’Allemand et l’aide Ă  Ă©vacuer Saint-Malo. Ils apprennent Ă  se connaĂźtre, Werner lui avoue qu’il Ă©coutait les Ă©missions du français, qui n’est autre que le grand-pĂšre de Marie-Laure. Le monde est petit.

Alors que Marie-Laure est saine et sauve, retrouvant son oncle qui avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© quelques jours plus tĂŽt, Werner est arrĂȘtĂ© et conduit dans un camp.

Marie-Laure repart sur Paris avec son oncle, fait des Ă©tudes, devient une grande chercheuse sur les mollusques et travaille dans le musĂ©e oĂč son pĂšre travaillait.

Werner meurt en explosant sur une mine.

Il y a quelque chose de tragique dans le sort de Werner car qu’est-ce qu’on peut s’y attacher Ă  ce petit garçon devenu un homme. Il ne mĂ©ritait pas de vivre ça, d’ĂȘtre « exploitĂ© », de mourir ainsi. Ce livre me laisse un profond sentiment d’injustice qui m’Ă©nerve, oui voilĂ  ! Je suis Ă©nervĂ©e du sort que l’auteur inflige, Ă  Werner. Je ne dis pas que j’aurai prĂ©fĂ©rĂ© que Marie-Laure meurt, au contraire mais je trouve ça tellement injuste de rester sur cette note de fin, car, finalement, ça donne l’image du « Bien triomphant sur le Mal« , voilĂ  mon point de vue. Werner n’a pas eu le choix : c’Ă©tait soit ça, soit les mines. Il n’a eu aucune enfance, il a Ă©tĂ© arrachĂ© brutalement Ă  sa vie. Pour moi, Werner est clairement sous-cĂŽtĂ© dans ce roman ! Je me sens un peu trahie, bernĂ©e, par l’auteur car j’ai voulu y croire, jusqu’Ă  la fin, que ce jeune homme exceptionnel pouvait, lui aussi, avoir droit Ă  une fin heureuse…

Pourtant, l’intrigue est lente, parfois mĂȘme trop et on peine Ă  s’attacher aux personnages, Ă  ressentir de l’empathie. Werner est terriblement attachant, Marie-Laure Ă©galement, mais il y avait de vrais passages creux durant lesquels le trop de description me dĂ©courageait. Les chapitres sont courts ce qui donne un rythme au roman, je ne peux pas le nier, pourtant il manque un petit quelque chose, je n’ai pas eu le souffle coupĂ© comme on me l’avait annoncĂ© plusieurs fois. Est-ce que j’en attendais trop ? C’est aussi une question qu’on est libre de se demander.

Cependant cela reste un roman terriblement bouleversant : on voit des jeunes personnages arrachĂ©s Ă  l’enfance, on voit un passage particuliĂšrement fort, centrĂ© sur Jutta, quand celle-ci se fait violer avec des Russes, avec toutes ses camarades. Anthony Doerr a dĂ©peint la rĂ©alitĂ© de la guerre, une rĂ©alitĂ© qui nous Ă©chappe aujourd’hui car nous n’y sommes pas confrontĂ©s, du moins, nous, directement. Nous avons la « chance » d’ĂȘtre libres, d’ĂȘtre sains et saufs, dans un sens. Anthony Doerr, au travers de ce roman, nous fait prendre conscience de cette chance. Il y a toute une rĂ©flexion menĂ©e sur le regard, la vision, la luciditĂ© : c’est complĂštement dĂ©routant mais, en mĂȘme temps, je suis restĂ©e Ă©merveillĂ©e.

E N B R E F : J’ai failli abandonnĂ© ma lecture mais je ne regrette pas d’avoir persĂ©vĂ©rĂ©. Si vous dĂ©cidez de le lire, ne prenez pas peur en voyant des longs moments de descriptions, d’attentes, si vous ĂȘtes dans le flou total… L’auteur le veut ainsi et tout prend sens Ă  la fin : Toute la lumiĂšre que nous ne pouvons voir est un presque coup de cƓur pour moi, mais sera peut-ĂȘtre un immense coup de cƓur pour vous.

Merci pour votre lecture et prenez bien soin de vous.

♡

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Nouveaux contes du Limousin. LĂ©gendes perdues puis retrouvĂ©es ou une lecture « retour en enfance »

BONJOUR – BONSOIR

2019 ne peut que bien commencer avec ce roman graphique. Les Ardents Éditeurs m’ont rĂ©galĂ© en me proposant de recevoir ce livre : pari assez audacieux, celui de donner un nouveau regard sur ces lĂ©gendes du Limousin et nous plonger dans un monde imaginaire. Cette premiĂšre lecture a Ă©tĂ© un vrai retour en enfance.

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HELLO !

2018 touche Ă  sa fin bientĂŽt et je me suis dit qu’un petit top de mes meilleures lectures ne ferait pas de mal. Certes je n’ai pas atteint mon challenge mais j’ai tout de mĂȘme lu de super bouquins cette annĂ©e et je voulais partager mes pĂ©pites avec vous. Puis, ça fait une Ă©ternitĂ© que je n’ai pas fait un petit top ! J’espĂšre que cela vous plaira.

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